Six Coupes et une vie au-delà du hockey
Ken Dryden, gardien de but légendaire et l'une des figures les plus marquantes de l'histoire du Canadien de Montréal, est décédé vendredi à l'âge de 78 ans des suites d'un cancer. La nouvelle a été confirmée le 5 septembre 2026 par la LNH et CBC Sports, provoquant immédiatement un flot d'hommages au Canada et dans l'ensemble du monde hockeyistique.
En huit saisons passées à Montréal entre 1971 et 1979, Dryden a remporté six Coupes Stanley, cinq trophées Vézina, le trophée Calder et le trophée Conn Smythe. Son dossier de 258 victoires, 57 défaites et 74 matchs nuls en 397 rencontres régulières illustre à lui seul la domination écrasante que le Canadien a exercée sur la décennie. Peu de gardiens dans l'histoire de la LNH ont approché ce palmarès, et aucun ne l'a constitué en si peu de saisons.
Son entrée dans la ligue reste l'une des plus spectaculaires jamais vécues. N'ayant disputé que six matchs réguliers lors de la campagne 1970–71, Dryden a mené les Canadiens jusqu'à la Coupe Stanley et remporté le Conn Smythe comme joueur le plus utile des séries — avant même d'être considéré comme un véritable recrue. L'année suivante, il a reçu le trophée Calder, devenant le seul joueur de l'histoire à avoir obtenu le titre de MVP des séries avant celui de meilleure recrue.
Septembre 1972 : la Série du siècle
La Série du siècle de 1972, qui a opposé le Canada à l'Union soviétique en huit matchs, demeure l'un des événements sportifs les plus chargés de sens de l'histoire canadienne. Dryden, qui évoluait dans le filet de l'équipe nationale, a pris part à cette confrontation légendaire conclue dans les dernières secondes du huitième match à Moscou grâce au but de Paul Henderson. Sa présence dans cette série l'a élevé au rang d'icône nationale bien au-delà du simple cadre du hockey professionnel.
Quatre Coupes consécutives de 1976 à 1979, chacune accompagnée d'un trophée Vézina, ont ensuite parachevé un palmarès sans équivalent. À 31 ans, Dryden a raccroché ses jambières pour écrire La Partie (The Game), son autobiographie publiée en 1983 et considérée comme l'un des plus grands livres sportifs jamais écrits.
Une vie publique aussi riche que sa carrière sportive
La retraite de Dryden n'a pas signifié la fin de son influence. Il a successivement travaillé comme analyste sportif aux États-Unis, occupé le poste de président des Maple Leafs de Toronto de 1997 à 2004, puis a été élu député libéral fédéral pour la circonscription de York-Centre à Ottawa. Sous le gouvernement de Paul Martin, il a exercé les fonctions de ministre du Développement social, défendant notamment un programme national de services de garde à l'enfance qui est resté associé à son nom bien après son départ du Parlement en 2011.
Intronisé au Temple de la renommée du hockey en 1983 et désigné parmi les 100 plus grands joueurs de la LNH en 2017, Dryden voulait "laisser quelque chose de plus durable que des statistiques". Le commissaire Gary Bettman a salué un homme dont "le succès précoce n'était que l'avant-goût de tout ce qu'il allait accomplir".
Le monde du hockey en deuil
Les témoignages se sont multipliés dès l'annonce de son décès. Les Canucks de Vancouver ont adressé leurs condolences "à la famille de Ken, à ses amis et à tous ceux qui l'admiraient". Plusieurs formations de la LNH ont publié des messages de soutien au cours du week-end, saluant le joueur, l'écrivain et le politicien.
La famille de Ken Dryden a demandé que les dons en sa mémoire soient adressés au Centre de cancérologie Princess Margaret ou à la Concussion Legacy Foundation. Son numéro 29, retiré depuis des décennies, continue de veiller depuis les hauteurs du Centre Bell sur la ville qui l'avait adopté — et sur l'héritage d'une vie qui aura largement dépassé les limites de la patinoire.